Lee Geun-bok,
le maître des toits coréens
Maître artisan spécialiste de la pose traditionnelle des tuiles, Lee Geun-bok a été reconduit à la présidence de la Fédération nationale du patrimoine immatériel. Une nomination qui rappelle que le patrimoine coréen ne vit pas seulement dans les palais, les sanctuaires et les monuments, mais aussi dans les mains de celles et ceux qui savent encore les restaurer.
Un artisan au sommet du patrimoine vivant coréen
En Corée du Sud, la sauvegarde du patrimoine ne repose pas seulement sur la conservation des palais, des temples, des sanctuaires ou des objets anciens. Elle dépend aussi d’un élément plus discret, mais tout aussi essentiel : la transmission des gestes. Derrière chaque toiture traditionnelle, chaque charpente restaurée, chaque tuile replacée dans son axe, il existe un savoir-faire, une patience, une mémoire du corps et une intelligence de la matière.
C’est précisément ce monde que représente Lee Geun-bok. Maître artisan spécialisé dans la pose traditionnelle des tuiles, appelé Beonwajang en coréen, il fait partie de ces figures qui donnent au patrimoine immatériel sa dimension la plus concrète. Son métier ne consiste pas seulement à couvrir un toit. Il consiste à protéger une architecture, à préserver une ligne, à respecter une méthode et à permettre à des monuments plusieurs fois centenaires de continuer à traverser le temps.
Sa reconduction à la présidence de la Fédération nationale du patrimoine immatériel vient rappeler une réalité fondamentale : un patrimoine ne survit pas uniquement parce qu’il est classé, photographié ou visité. Il survit parce que des femmes et des hommes savent encore le réparer, l’enseigner et le transmettre.
Lee Geun-bok a été reconduit à la tête de la Fédération nationale du patrimoine immatériel pour la 5e mandature de l’organisation. Il convient donc d’éviter l’expression « cinquième mandat personnel ». Il s’agit d’un second mandat consécutif pour lui, après la période 2023-2025.
Une nomination à la présidence de la 5e mandature
Lee Geun-bok, détenteur du patrimoine immatériel national dans la discipline du Beonwajang, a été nommé président de la 5e mandature de la Fédération nationale du patrimoine immatériel. Cette reconduction s’inscrit dans la continuité de son précédent mandat, exercé entre 2023 et 2025. Elle confirme la confiance accordée à un artisan dont le parcours est intimement lié aux grands chantiers patrimoniaux de la Corée du Sud.
La Fédération nationale du patrimoine immatériel occupe une place importante dans l’écosystème culturel coréen. Elle réunit, représente et accompagne les détenteurs de savoir-faire, d’arts, de rites et de pratiques reconnus comme patrimoine immatériel national. Sa mission ne se limite pas à la représentation administrative. Elle touche à la transmission, à la visibilité publique, à la défense des métiers traditionnels et à leur adaptation dans une société profondément moderne.
À travers cette nomination, la Corée du Sud affirme une nouvelle fois que la préservation du patrimoine n’est pas seulement une affaire de monuments. Elle est aussi une politique de transmission. En plaçant un artisan du toit à la tête de cette institution, le message est fort : les gestes techniques, parfois invisibles pour le grand public, constituent eux aussi un pilier de l’identité culturelle nationale.
Portrait de Lee Geun-bok
Lee Geun-bok est reconnu pour son expertise dans la pose des tuiles traditionnelles coréennes. Son parcours l’a conduit à participer à la restauration de sites majeurs tels que le palais Gyeongbokgung, le sanctuaire royal de Jongmyo et la porte de Sungnyemun à Séoul.
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La figure de Lee Geun-bok est intéressante car elle incarne une forme de prestige différente de celle généralement associée au monde contemporain. Ici, la reconnaissance ne vient pas d’une innovation technologique, d’une performance commerciale ou d’une présence médiatique. Elle vient de la maîtrise d’un geste ancien, d’une fidélité à la matière et d’une capacité à travailler sur des lieux où la moindre erreur pourrait altérer l’équilibre d’un ensemble patrimonial.
Dans son domaine, l’excellence se mesure à la précision, à la patience et à la connaissance des formes traditionnelles. Une tuile mal posée peut nuire à l’étanchéité, fragiliser une structure ou rompre l’harmonie visuelle d’un bâtiment. Une tuile bien posée, au contraire, disparaît presque dans l’ensemble. Elle ne cherche pas à se montrer. Elle participe silencieusement à la beauté du toit.
Dans l’architecture traditionnelle coréenne, le toit n’est pas un simple élément de protection. Il est une ligne de beauté, un équilibre technique et un signe culturel. Le Beonwajang travaille donc à la fois pour la solidité du bâtiment et pour la mémoire d’un paysage.
Le Beonwajang, l’art de couvrir les toits coréens
Le terme Beonwajang désigne l’artisan chargé de poser les tuiles traditionnelles coréennes, appelées giwa. À première vue, ce métier pourrait sembler purement technique. Pourtant, il relève d’un savoir-faire complexe, où se croisent architecture, climat, esthétique, résistance des matériaux et respect des méthodes anciennes.
Dans un bâtiment traditionnel coréen, notamment dans un hanok, la toiture joue un rôle essentiel. Elle protège la structure contre la pluie, la neige, le vent et les variations de température. Mais elle donne aussi au bâtiment sa silhouette. La courbe du toit, son inclinaison, son poids visuel et la manière dont les tuiles accompagnent les lignes de la charpente participent à cette impression d’élégance calme que l’on associe souvent à l’architecture coréenne.
Le Beonwajang ne pose donc pas des tuiles comme on assemblerait de simples éléments de couverture. Il compose avec la gravité, l’écoulement de l’eau, la structure du bois et l’harmonie générale de l’édifice. Son travail exige une compréhension fine de l’équilibre entre fonction et beauté. Il faut protéger sans alourdir, respecter sans figer, restaurer sans trahir.
Le geste technique
Le Beonwajang assure la pose, l’ajustement et l’équilibre des tuiles traditionnelles afin de protéger les bâtiments contre les intempéries et le vieillissement.
La valeur culturelle
La toiture traditionnelle participe à l’identité visuelle des palais, sanctuaires, temples et maisons coréennes. Elle constitue une signature esthétique du patrimoine architectural.
Cette discipline montre parfaitement ce que signifie le patrimoine immatériel. Le patrimoine n’est pas seulement la tuile elle-même. Il est aussi la manière de la choisir, de la porter, de la placer, de la fixer, de la remplacer et de la transmettre. La matière est visible, mais le savoir qui permet de la faire vivre appartient au domaine du geste.
Des restaurations au cœur de l’histoire coréenne
Lee Geun-bok a dirigé ou participé à plusieurs chantiers de restauration majeurs en Corée du Sud. Son expertise a été mobilisée sur des sites culturels de premier plan, notamment le palais Gyeongbokgung et le sanctuaire royal de Jongmyo. Ces lieux ne sont pas de simples monuments. Ils constituent des repères historiques, politiques, spirituels et esthétiques de la civilisation coréenne.
Le palais Gyeongbokgung, situé au cœur de Séoul, demeure l’un des symboles les plus puissants de la dynastie Joseon. Ses pavillons, ses cours, ses portes et ses toitures composent une architecture qui raconte l’organisation du pouvoir royal, la hiérarchie des espaces et la relation entre nature, autorité et harmonie. Restaurer une toiture dans un tel lieu suppose de travailler sous le regard de l’histoire.
Lee Geun-bok a également contribué à la restauration de la porte de Sungnyemun, aussi connue sous le nom de Namdaemun. Ce monument, considéré comme l’un des grands symboles historiques de Séoul, avait été gravement endommagé par un incendie. Sa reconstruction a représenté un moment fort pour la société sud-coréenne, confrontée à la vulnérabilité de son propre patrimoine.
Dans ce type de chantier, l’enjeu n’est jamais uniquement matériel. Il ne s’agit pas seulement de reconstruire ce qui a été détruit ou d’entretenir ce qui a vieilli. Il faut aussi retrouver une cohérence, respecter les techniques anciennes et maintenir une continuité entre le monument d’origine, les restaurations successives et les générations futures.
Jongmyo, le sanctuaire où le toit protège la mémoire
Parmi les travaux récents associés à Lee Geun-bok, le chantier de Jongmyo occupe une place particulière. Entre 2020 et 2025, environ 70 000 tuiles ont été remplacées sur le toit du bâtiment principal du sanctuaire royal. L’ampleur de cette opération donne la mesure du travail accompli. Elle montre aussi à quel point une toiture patrimoniale ne peut être traitée comme une simple surface à réparer.
Jongmyo est l’un des lieux les plus importants de la mémoire royale coréenne. Sanctuaire dédié aux ancêtres de la dynastie Joseon, il associe architecture, rite, musique, filiation et mémoire d’État. Dans cet espace, le bâtiment n’est pas seulement un cadre architectural. Il est le support d’une continuité rituelle et symbolique.
Restaurer le toit du hall principal de Jongmyo revient donc à protéger bien plus qu’un édifice. Le toit abrite la mémoire des souverains, la dignité des rites et la permanence d’une tradition. Chaque tuile remplacée participe à la sauvegarde d’un lieu où le patrimoine matériel et le patrimoine immatériel se rejoignent.
Jongmyo illustre parfaitement la rencontre entre le visible et l’invisible. Le monument se voit, se visite et se restaure. Mais les rites, les musiques, les gestes et les significations qui l’accompagnent relèvent d’un patrimoine vivant. Dans ce contexte, le travail du Beonwajang protège à la fois une toiture et une mémoire.
Cette restauration rappelle une idée essentielle : les grands monuments ne survivent pas par eux-mêmes. Ils doivent être entretenus, compris et réactivés. Sans artisans capables d’intervenir avec justesse, les palais et sanctuaires deviendraient peu à peu des enveloppes fragiles, séparées des gestes qui leur ont donné naissance.
Le patrimoine immatériel comme responsabilité nationale
La Corée du Sud accorde depuis plusieurs décennies une grande importance à la reconnaissance de son patrimoine immatériel. Cette politique repose sur une conviction forte : il ne suffit pas de protéger les objets, les bâtiments ou les archives. Il faut aussi protéger les savoir-faire, les chants, les danses, les rites, les techniques artisanales et les personnes qui les incarnent.
Cette approche donne une place centrale aux détenteurs de traditions. Ceux-ci ne sont pas seulement considérés comme des artisans ou des artistes. Ils sont aussi des passeurs. Leur rôle consiste à pratiquer, mais également à transmettre. Ils doivent former, montrer, expliquer et permettre à un savoir ancien de trouver sa place dans le présent.
La présidence de Lee Geun-bok à la Fédération nationale du patrimoine immatériel prend ainsi une dimension plus large. Elle ne concerne pas seulement son propre métier. Elle touche à l’ensemble des disciplines patrimoniales qui doivent aujourd’hui affronter des défis communs : vieillissement des maîtres, difficulté à recruter de jeunes apprentis, concurrence des métiers modernes, manque de visibilité et nécessité de parler à un public contemporain.
Un patrimoine immatériel disparaît rarement d’un seul coup. Il s’efface lorsque les gestes ne sont plus appris, lorsque les maîtres ne trouvent plus d’élèves et lorsque la société oublie la valeur de ce qui ne se produit pas rapidement.
À l’heure où la Corée du Sud rayonne mondialement par la K-pop, le cinéma, les séries, la cosmétique, la mode et la technologie, cette nomination rappelle l’existence d’une autre force culturelle : celle de la lenteur, de l’héritage et de la main. Le patrimoine immatériel coréen ne s’oppose pas à la modernité. Il lui donne une profondeur.
Regard Koreance : ce que cette nomination raconte
Pour Koreance, la nomination de Lee Geun-bok est particulièrement intéressante car elle permet de regarder la Corée du Sud au-delà des images les plus contemporaines. Elle rappelle que le pays ne se définit pas uniquement par Séoul, les néons, les studios de musique, les dramas, les industries créatives ou les grandes entreprises technologiques. La Corée se comprend aussi par ses palais, ses sanctuaires, ses artisans et ses gestes transmis.
Cette histoire parle également au public français. La France connaît elle aussi l’importance des métiers d’art et des savoir-faire patrimoniaux. Derrière la restauration d’une cathédrale, d’un château, d’un théâtre, d’un opéra ou d’un monument historique, il existe des charpentiers, couvreurs, tailleurs de pierre, verriers, ferronniers, doreurs et restaurateurs. Dans les deux pays, la beauté du patrimoine dépend souvent de métiers que le grand public ne voit pas suffisamment.
La différence coréenne réside dans la reconnaissance institutionnelle très forte des détenteurs du patrimoine immatériel. Le geste n’est pas seulement utile. Il est nommé, protégé et transmis comme une part de l’identité nationale. Cette vision peut nourrir un dialogue précieux entre la France et la Corée : comment protéger les monuments sans oublier les mains qui les font tenir ?
Lee Geun-bok incarne une idée simple et profonde : le patrimoine n’est pas seulement ce que l’on regarde. Il est aussi ce que l’on sait encore faire. Sous chaque toiture restaurée, il y a une mémoire technique, une exigence esthétique et une fidélité silencieuse aux générations passées.
Conclusion : sous les toits, une mémoire vivante
La reconduction de Lee Geun-bok à la tête de la Fédération nationale du patrimoine immatériel marque la continuité d’un engagement au service des savoir-faire traditionnels coréens. Maître du Beonwajang, artisan des toits et acteur de restaurations majeures, il incarne une forme de patrimoine qui ne se limite pas aux vitrines, aux musées ou aux monuments photographiés.
Son travail rappelle que la Corée du Sud possède une relation profonde à la transmission. Dans un pays souvent présenté comme l’un des laboratoires de la modernité asiatique, les métiers traditionnels continuent d’occuper une place essentielle. Ils donnent une profondeur historique à l’innovation contemporaine et rappellent que l’avenir d’une culture dépend aussi de sa capacité à prendre soin de ses racines.
Sous les toits de Gyeongbokgung, de Jongmyo ou de Sungnyemun, chaque tuile posée raconte une fidélité. Fidélité à un geste. Fidélité à une architecture. Fidélité à une mémoire collective. À travers Lee Geun-bok, c’est toute une vision du patrimoine qui se dessine : un patrimoine vivant, transmis par la main, protégé par le temps et confié aux générations futures.
Un pont entre geste, mémoire et transmission
Avec ce regard sur Lee Geun-bok et le Beonwajang, Koreance poursuit sa mission : rapprocher la France et la Corée du Sud à travers leurs patrimoines, leurs savoir-faire et les femmes et les hommes qui les font vivre.
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